Le dernier adieu : Face à mon ex-mari pour notre fils

« Tu n’as pas le droit de revenir comme ça, Marc ! » Ma voix tremble, mais je refuse de baisser les yeux. Il est là, devant la porte de mon appartement à Lyon, les mains jointes, le regard suppliant. Paul, notre fils de douze ans, est dans sa chambre, ignorant encore la tempête qui gronde dans le couloir.

Marc inspire profondément. « Isabelle, je t’en supplie… Laisse-moi lui dire au revoir. Je pars. Cette fois, c’est définitif. »

Je sens mon cœur se serrer. Les souvenirs affluent : les cris, les mensonges, les nuits blanches à attendre un message qui ne venait jamais. Je me souviens du jour où j’ai découvert qu’il menait une double vie avec une collègue de son cabinet d’architecte. La honte m’a rongée pendant des mois. J’ai tout fait pour protéger Paul de la vérité, pour qu’il garde une image digne de son père.

Mais aujourd’hui, Marc veut partir à Montréal. Il a trouvé un nouveau poste, une nouvelle vie. Et il veut dire adieu à son fils.

Je ferme les yeux un instant. « Tu sais ce que tu me demandes ? Tu veux que je laisse Paul souffrir encore une fois ? »

Marc baisse la tête. « Je sais que je n’ai pas été un bon père… Mais il a le droit de comprendre. »

Je sens la colère monter. « Comprendre quoi ? Que tu l’abandonnes ? »

Un silence lourd s’installe. Je me tourne vers la porte de la chambre de Paul. Je l’entends jouer à la console, insouciant.

Je repense à toutes ces années où j’ai dû tout gérer seule : les devoirs, les rendez-vous chez le médecin, les crises d’angoisse nocturnes de Paul qui demandait pourquoi papa ne venait plus le chercher au foot. J’ai encaissé chaque larme, chaque question sans réponse.

Mais je sens aussi la fatigue me gagner. Peut-être que Paul mérite la vérité, même si elle fait mal.

Je me tourne vers Marc. « Dix minutes. Pas plus. »

Il hoche la tête, les yeux humides.

J’entre dans la chambre de Paul. Il lève les yeux vers moi, souriant. « Maman, tu viens voir ma nouvelle partie ? »

Je m’assois sur le lit, caresse ses cheveux blonds. « Paul… Papa est là. Il voudrait te parler. »

Son visage se ferme instantanément. Il pose la manette et baisse les yeux.

« Je ne veux pas le voir », murmure-t-il.

Je sens mon cœur se briser. « Je sais que tu es en colère contre lui… Mais il part loin, très loin. C’est peut-être la dernière fois que tu peux lui parler. »

Paul serre les poings. « Il m’a déjà oublié… »

Je prends sa main dans la mienne. « Je serai juste à côté si tu veux. »

Après un long silence, il hoche la tête.

Marc entre timidement dans la chambre. Il s’accroupit devant Paul.

« Salut, champion… »

Paul détourne le regard.

Marc cherche ses mots. « Je sais que je t’ai fait du mal… Que je n’ai pas été là quand tu avais besoin de moi… »

Paul ne répond pas.

Marc continue : « Je pars travailler très loin… Mais je voulais te dire que je t’aime, même si j’ai été nul comme papa… »

Paul relève enfin les yeux vers lui, pleins de larmes contenues.

« Pourquoi tu pars ? Pourquoi tu m’as laissé ? »

Marc éclate en sanglots silencieux. « J’ai été lâche… J’ai eu peur… Mais ce n’est pas ta faute, jamais… »

Paul se lève brusquement et se jette dans mes bras.

« Je veux rentrer chez mamie », sanglote-t-il.

Je serre mon fils contre moi, croise le regard dévasté de Marc.

Il se relève lentement et quitte la pièce sans un mot.

Je reste là, assise sur le lit avec Paul qui pleure dans mes bras.

Plus tard dans la soirée, après avoir déposé Paul chez ma mère à Villeurbanne, je rentre seule dans l’appartement vide. Je m’effondre sur le canapé, épuisée.

Pourquoi faut-il que ce soit toujours aux mères de réparer les dégâts ? Est-ce que j’ai bien fait d’accepter cette rencontre ? Et vous, qu’auriez-vous fait à ma place ?