Une simple recherche qui a tout bouleversé – La vérité que je n’aurais jamais voulu découvrir

« Tu es sûre que tu veux porter cette robe, Camille ? » La voix de ma mère résonne dans le couloir, tremblante, presque étrangère. Je serre le tissu bleu nuit entre mes doigts, le cœur battant à tout rompre. Aujourd’hui, c’est le jour de la remise des diplômes à l’Université Lyon 2. Je devrais être heureuse, fière. Mais une angoisse sourde me ronge depuis ce matin.

Tout a commencé par un geste anodin. En cherchant une citation pour mon discours de fin d’études, j’ai tapé le nom de mon père, « François Delmas », dans la barre de recherche. Je voulais retrouver un article où il parlait de son engagement associatif à Villeurbanne. Mais ce n’est pas son visage qui est apparu sur l’écran. C’était un avis de recherche, daté de 1998 : « Disparition inquiétante – Camille Delmas, 3 ans ». Mon prénom. Mon nom. Ma photo d’enfant, que je n’avais jamais vue.

J’ai senti le sol se dérober sous mes pieds. J’ai cliqué, les mains tremblantes. L’article racontait la disparition d’une petite fille à Dijon, en 1998. Les parents biologiques, Sophie et Laurent Martin, lançaient un appel désespéré. J’ai lu et relu chaque ligne, cherchant une faille, une explication rationnelle. Mais tout concordait : la date de naissance, la couleur des yeux, même la petite cicatrice sur le menton…

« Camille ? Tu viens ? » La voix de ma mère me ramène au présent. Je descends l’escalier, les jambes molles. Elle m’attend dans l’entrée, les yeux rougis. Je la fixe, incapable de prononcer un mot. Elle comprend aussitôt.

— Tu as vu…
— Pourquoi ? Pourquoi vous ne m’avez jamais rien dit ?

Ma voix se brise. Elle s’approche, tente de me prendre dans ses bras. Je recule.

— On voulait te protéger… Tu étais si petite… On t’a trouvée devant la mairie de Villeurbanne, abandonnée… On t’a aimée comme notre propre fille.

Je suffoque. Mon père arrive à son tour, le visage fermé.

— Camille, écoute-nous…
— Je ne m’appelle même pas Camille Delmas !

Je hurle presque. La colère et la peur se mêlent en moi. Je repense à chaque souvenir d’enfance : les anniversaires, les vacances en Bretagne, les disputes pour des broutilles… Tout me semble soudain factice.

Je sors en courant dans la rue, sans but. Les voitures klaxonnent, les passants me bousculent. Je marche jusqu’au parc de la Tête d’Or et m’effondre sur un banc. Mon téléphone vibre : messages de mes parents adoptifs, puis d’un numéro inconnu.

« Bonjour Camille. Je suis Sophie Martin… Ta mère biologique. »

Je relis le message cent fois avant d’oser répondre. Nous convenons d’un rendez-vous dans un café du Vieux Lyon.

Le lendemain, j’entre dans l’établissement, le cœur au bord des lèvres. Une femme aux cheveux châtains se lève d’une table au fond. Nos regards se croisent ; elle pleure déjà.

— Camille…

Sa voix est douce, brisée par l’émotion. Je m’assieds en face d’elle. Elle sort une vieille photo : une petite fille souriante dans les bras d’un homme jeune.

— C’est toi… Tu avais trois ans quand tu as disparu. On t’a cherchée partout… La police n’a jamais rien trouvé.

Je sens ses mains trembler quand elle me tend la photo.

— Pourquoi personne ne m’a jamais retrouvée ?

Elle baisse les yeux.

— On ne sait pas… Peut-être que ceux qui t’ont recueillie n’ont pas voulu te rendre… Peut-être qu’ils avaient peur…

Je repense à mes parents adoptifs : leur tendresse, leur inquiétude constante, leur façon de toujours vouloir tout contrôler autour de moi.

— Ils m’ont aimée…

Sophie hoche la tête.

— Je ne veux pas te voler à eux. Mais je voulais te revoir au moins une fois… savoir si tu allais bien.

Nous restons là longtemps, sans parler. Je sens en moi un gouffre immense : deux familles, deux vies qui s’opposent et se superposent.

Les semaines suivantes sont un chaos silencieux. Mes parents adoptifs tentent de renouer le dialogue ; je les fuis autant que possible. Sophie m’envoie des messages pleins de douceur et d’espoir ; je n’arrive pas à y répondre sans culpabilité.

À l’université, tout le monde me félicite pour mon diplôme. Personne ne sait que je suis en train de perdre tous mes repères.

Un soir d’orage, je rentre chez mes parents adoptifs pour récupérer quelques affaires. Ma mère m’attend dans le salon, une boîte à la main.

— C’est tout ce qu’on a trouvé avec toi ce jour-là…

À l’intérieur : une peluche usée et un bracelet gravé « Camille ». Je fonds en larmes dans ses bras pour la première fois depuis des semaines.

— On t’aime, tu sais… Peu importe d’où tu viens.

Je réalise alors que l’amour ne se divise pas ; il se multiplie. Mais comment choisir entre deux familles ? Comment pardonner le silence ?

Aujourd’hui encore, je me demande : aurais-je préféré rester dans l’ignorance ? Ou fallait-il affronter cette vérité qui me hante désormais ? Qu’auriez-vous fait à ma place ?