Quand l’amour devient une guerre : Mon divorce douloureux et la bataille pour ma fille
« Tu ne me prendras pas Camille ! » La voix de Guillaume résonne encore dans l’entrée de notre appartement à Lyon. Je serre la main de ma fille, qui se cache derrière mes jambes, les yeux grands ouverts, effrayés. Je n’aurais jamais imaginé que notre histoire finirait ainsi, dans les cris et les larmes, alors qu’il y a dix ans, nous rêvions d’une maison à la campagne et d’un jardin plein de rires d’enfants.
Tout a commencé à se fissurer il y a deux ans. Guillaume rentrait de plus en plus tard du travail, irritable, absent. Je faisais tout pour maintenir l’équilibre : les devoirs de Camille, les courses, mon propre boulot à la médiathèque. Mais rien n’y faisait. Un soir, il a claqué la porte si fort que le miroir du couloir s’est brisé. « Tu ne comprends rien ! » criait-il. Je me suis sentie minuscule, impuissante face à sa colère.
Les disputes sont devenues notre quotidien. Camille se bouchait les oreilles dans sa chambre, je pleurais dans la salle de bains. Un matin, après une nuit blanche à ressasser nos dernières querelles, j’ai pris la décision : « Il faut qu’on se sépare. » Guillaume m’a regardée comme si je venais de le trahir. « Tu veux détruire notre famille ? »
Le divorce a été un champ de bataille. Les avocats, les convocations au tribunal de grande instance, les expertises psychologiques… Tout cela me semblait irréel. Guillaume voulait la garde exclusive de Camille. « Elle est mieux avec moi, tu travailles trop », répétait-il devant le juge. J’ai dû me battre pour prouver que j’étais une bonne mère, que je ne voulais que le bonheur de ma fille.
Camille, elle, ne comprenait pas. Un soir, elle m’a demandé : « Maman, pourquoi papa ne vient plus dîner avec nous ? » J’ai senti mon cœur se briser. Comment expliquer à une fillette de sept ans que l’amour peut se transformer en haine ?
Ma famille n’a pas compris non plus. Ma mère me reprochait de ne pas avoir « tout fait pour sauver mon mariage ». Mon père restait silencieux, évitant le sujet lors des repas du dimanche. Même mes amis prenaient leurs distances, gênés par mes larmes et mes angoisses.
La bataille pour la pension alimentaire a été un autre calvaire. Guillaume refusait de payer ce que le juge avait fixé. « Tu veux juste mon argent ! » hurlait-il au téléphone. Mais comment payer le loyer, les activités de Camille, les courses ? J’ai dû demander une aide à la CAF et me priver de tout pour que ma fille ne manque de rien.
Un soir d’hiver, alors que je raccompagnais Camille chez son père pour le week-end, elle s’est accrochée à moi en pleurant : « Je veux rester avec toi ! » Guillaume l’a arrachée de mes bras sans un mot. J’ai attendu dans la voiture jusqu’à ce que la lumière s’éteigne dans leur appartement.
J’ai commencé à douter : suis-je une mauvaise mère ? Est-ce que je fais souffrir Camille en me battant ainsi ? Les nuits étaient longues, peuplées d’angoisses et de remords. Je me suis tournée vers une psychologue qui m’a aidée à tenir bon : « Vous faites ce que vous pouvez dans une situation impossible », m’a-t-elle dit.
Un jour, Camille est revenue de chez son père avec un dessin : trois maisons séparées par des routes sinueuses. « C’est où je vis maintenant », a-t-elle expliqué tristement. J’ai compris alors que cette guerre ne faisait que des perdants.
J’ai tenté d’apaiser les choses avec Guillaume. Un soir, autour d’un café froid dans la cuisine, je lui ai dit : « On doit penser à Camille avant tout… » Il a détourné le regard : « Tu crois que c’est facile pour moi ? » Pour la première fois depuis des mois, j’ai vu ses yeux rougis par la fatigue et la tristesse.
Aujourd’hui encore, rien n’est réglé. Les audiences s’enchaînent, les tensions persistent. Mais j’essaie chaque jour d’offrir à Camille un peu de stabilité : des histoires avant de dormir, des promenades sur les quais du Rhône, des crêpes le dimanche matin.
Parfois je me demande : comment en sommes-nous arrivés là ? Est-ce vraiment possible d’aimer son enfant plus que tout et pourtant lui infliger tant de douleur ?
Et vous, qu’auriez-vous fait à ma place ? Peut-on vraiment protéger ses enfants quand l’amour se transforme en guerre ?