« Je ne veux pas de ton mari. Mais tu dois savoir qui il est vraiment »

« Je ne veux pas de ton mari. Mais tu dois savoir qui il est vraiment. »

Je relis ce message pour la troisième fois, le cœur battant si fort que j’ai l’impression qu’il va exploser. Mes doigts tremblent, glacés, alors que le radiateur souffle sa chaleur dans la cuisine. J’ai déjà reposé mon téléphone, tenté de me convaincre que ce n’était qu’une mauvaise blague, mais les mots restent imprimés sur ma rétine. Je prends une gorgée de café, amer, brûlant, comme pour me réveiller d’un cauchemar. Mais non, c’est bien réel.

Je m’appelle Claire Martin. J’ai 38 ans, deux enfants, un pavillon dans une petite ville de la banlieue lyonnaise, et jusqu’à ce matin, je croyais avoir une vie ordinaire. Mon mari, François, est professeur de mathématiques au lycée du coin. Nous sommes ensemble depuis quinze ans. Je croyais le connaître par cœur.

Je relis le message encore une fois. Qui est cette femme ? Que veut-elle dire ? Mon esprit s’emballe, imagine le pire. Je me lève brusquement, fais tomber ma tasse qui se brise sur le carrelage. Le bruit réveille mes enfants à l’étage. Je ramasse les morceaux en silence, les larmes aux yeux.

François descend quelques minutes plus tard, enfile sa chemise sans un regard pour moi. « Tu as mal dormi ? » demande-t-il distraitement en attrapant une tartine.

Je serre les dents. « Oui… un peu. »

Il ne remarque rien. Il ne voit jamais rien.

Sur le chemin de l’école, je repense à tout ce qui aurait pu m’échapper : ses absences de plus en plus fréquentes, ses messages qu’il efface aussitôt reçus, son sourire forcé quand il rentre tard. Je me souviens de la fois où il a prétendu avoir une réunion alors que je l’ai vu au café du coin avec une femme blonde. Il m’a dit que c’était une collègue.

Dans la voiture, mes enfants chantonnent à l’arrière. Je souris pour eux, mais à l’intérieur je me sens vide.

De retour à la maison, je réponds enfin au message : « Qui êtes-vous ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? »

La réponse ne tarde pas : « Je m’appelle Sophie. Je travaille avec François depuis deux ans. Je ne veux pas te faire de mal, mais il n’est pas celui que tu crois. Il te ment depuis longtemps. »

Je sens la colère monter. Qui est-elle pour s’immiscer dans ma vie ? Mais au fond de moi, une petite voix me dit qu’elle dit la vérité.

Le soir venu, François rentre plus tard que d’habitude. Il sent le parfum féminin. Je le regarde droit dans les yeux : « Tu as vu Sophie aujourd’hui ? »

Il blêmit. « Qui ? »

« Ne me mens pas, François. Je sais tout. »

Il s’assoit lourdement sur la chaise, baisse la tête. Un silence pesant s’installe.

« Claire… Je suis désolé. »

Les mots explosent dans ma tête comme une bombe à retardement. Il avoue tout : les rendez-vous secrets, les mensonges, la double vie qu’il mène depuis des mois avec Sophie, mais aussi avec d’autres femmes avant elle. Il dit qu’il m’aime mais qu’il ne sait pas pourquoi il agit ainsi.

Je hurle, je pleure, je frappe du poing sur la table. Les enfants entendent tout depuis l’escalier et descendent en pleurant eux aussi.

Les jours suivants sont un enfer. Ma mère débarque chez moi pour « m’aider », mais elle ne fait que répéter que « les hommes sont tous pareils » et que « pour les enfants il faut pardonner ». Mon père ne dit rien, il regarde la télévision en silence comme toujours.

Je me sens seule au monde.

Sophie continue de m’écrire. Elle me raconte comment François lui a promis qu’il allait quitter sa femme, comment il lui a menti aussi à elle. Elle me dit qu’elle a tout arrêté quand elle a compris qu’il ne changerait jamais.

Au travail, mes collègues chuchotent dans mon dos. Dans la petite ville où tout le monde se connaît, les rumeurs vont vite. On me regarde avec pitié ou curiosité.

Un soir, alors que je range la chambre des enfants, mon fils aîné me demande : « Maman, pourquoi papa ne dort plus ici ? »

Je m’effondre en larmes devant lui. Comment expliquer à un enfant que son père a brisé notre famille ?

Les semaines passent. François tente de revenir à la maison mais je refuse catégoriquement. Je consulte une avocate pour envisager le divorce. Je découvre alors que François a contracté des dettes dont je n’avais aucune connaissance.

Je dois vendre la maison pour rembourser les crédits qu’il a faits dans mon dos.

Je perds tout : mon foyer, ma confiance en l’autre, mes repères.

Mais peu à peu, je retrouve des forces insoupçonnées. J’apprends à vivre seule avec mes enfants dans un petit appartement en centre-ville. Je reprends des études à distance pour changer de métier et offrir un avenir meilleur à mes enfants.

Un jour, je croise Sophie au marché. Elle baisse les yeux mais je vais vers elle.

« Merci », lui dis-je simplement.

Elle sourit tristement : « Je suis désolée… »

Nous restons là quelques secondes en silence puis nous partons chacune de notre côté.

Aujourd’hui encore, je me demande comment j’ai pu être aveugle si longtemps. Est-ce que l’amour rend vraiment sourd et muet ? Ou bien est-ce la peur de tout perdre qui nous pousse à fermer les yeux ?

Et vous… Qu’auriez-vous fait à ma place ?