Cinq ans après : Ma vie après sa trahison

« Tu vas encore rentrer tard ce soir ? » Ma voix tremble, même si j’essaie de la rendre neutre. Antoine, mon mari, détourne les yeux, attrape ses clés sur la commode. Il marmonne un « Je ne sais pas » qui claque comme une gifle. Cinq ans ont passé depuis que j’ai découvert son infidélité, mais chaque soir ressemble à une épreuve.

Je me souviens de ce jour comme si c’était hier. Un message sur son téléphone, un prénom inconnu : Camille. J’ai senti mon cœur se briser, littéralement. J’ai hurlé, pleuré, supplié. Il a tout nié au début, puis il a fini par avouer. « C’était rien, juste une erreur… » Mais comment croire à l’erreur quand on a partagé des secrets, des rires, des nuits entières ?

Depuis, notre appartement à Lyon est devenu un champ de bataille silencieux. Les enfants, Lucie et Paul, sentent tout. Lucie a 13 ans maintenant, elle me regarde avec ses grands yeux tristes quand Antoine rentre tard. Paul, lui, fait semblant de ne rien voir, il s’enferme dans sa chambre avec ses jeux vidéo.

Les repas sont les pires moments. Les couverts qui s’entrechoquent, les regards fuyants. Un soir, Lucie a craqué : « Pourquoi vous vous disputez tout le temps ? » J’ai voulu la rassurer mais ma voix s’est brisée. Antoine a soupiré, il a quitté la table sans un mot. J’ai senti la colère monter en moi, une colère froide contre lui mais aussi contre moi-même. Pourquoi suis-je restée ? Par peur ? Pour les enfants ? Ou parce que je n’ai jamais su qui j’étais sans lui ?

Ma mère me répète : « Tu dois penser à toi maintenant, Élise. » Mais comment penser à soi quand on se sent coupable de tout ? Je me suis perdue dans les compromis, les excuses, les tentatives de recoller les morceaux. J’ai essayé la thérapie de couple – deux séances, puis Antoine a abandonné. « Ça ne sert à rien de remuer le passé », disait-il. Mais pour moi, le passé n’est jamais vraiment passé.

Parfois, je me surprends à l’espionner : je vérifie ses messages, je scrute ses regards. Je déteste cette version de moi-même, méfiante et blessée. Mais la confiance ne revient pas d’un claquement de doigts.

Un soir d’hiver, alors que la neige tombait sur les toits de la Croix-Rousse, j’ai craqué. J’ai vidé mon sac devant lui :

— Tu crois que j’ai oublié ? Tu crois que je peux faire semblant toute ma vie ?
— Élise… Je t’ai déjà dit que c’était fini.
— Mais moi je ne suis pas finie ! Moi je vis encore avec ça tous les jours !

Il m’a regardée longtemps sans rien dire. Puis il est parti dormir sur le canapé.

J’ai pensé à partir mille fois. J’ai même fait mes valises un matin où il était au travail. Mais Lucie est rentrée plus tôt du collège et m’a trouvée en larmes dans la chambre. Elle s’est assise près de moi et m’a serrée fort.

— Maman… tu sais que je t’aime ?

Ses mots m’ont transpercée. Je me suis dit que je n’avais pas le droit de leur imposer un divorce brutal sans leur expliquer. Alors j’ai rangé mes affaires et j’ai essayé de tenir bon.

Mais tenir bon, c’est survivre plus que vivre. Je me suis réfugiée dans mon travail à la médiathèque municipale. Là-bas au moins, on ne me juge pas. Les livres sont mes amis fidèles ; ils ne mentent pas, eux.

Un jour, une collègue m’a invitée à un atelier d’écriture. J’y suis allée sans conviction et j’ai découvert que mettre des mots sur ma douleur m’aidait à respirer un peu mieux. J’ai écrit des lettres que je n’enverrai jamais à Antoine, à Camille aussi – cette inconnue qui a bouleversé ma vie sans le savoir.

La nuit, je repense à tout ce que j’ai perdu : la légèreté des débuts, les fous rires sous la pluie place Bellecour, nos rêves d’ailleurs. Mais je repense aussi à ce que j’ai gagné : une force insoupçonnée, une tendresse nouvelle pour mes enfants et pour moi-même.

Il y a quelques semaines, Antoine m’a proposé un week-end en Provence pour « repartir à zéro ». J’ai refusé. Je ne veux plus faire semblant d’oublier. Je veux avancer à mon rythme, même si c’est lent et douloureux.

Aujourd’hui encore, chaque matin est une victoire sur la tristesse. Je me regarde dans le miroir et j’essaie de me sourire. Parfois j’y arrive.

Est-ce qu’on peut vraiment pardonner l’impardonnable ? Est-ce qu’on peut se reconstruire sans renoncer à soi-même ? Dites-moi… vous auriez fait quoi à ma place ?