J’ai fermé les yeux sur sa trahison – jusqu’à ce que la chute me réveille

« Tu ne comprends donc rien, Élodie ? » La voix de Marc résonne encore dans le couloir, froide, tranchante. Je serre la poignée de la porte, mes doigts tremblent. Il est deux heures du matin, et je viens de surprendre un message sur son téléphone : « Merci pour cette soirée, mon amour. » Un prénom inconnu, des cœurs rouges. Je ferme les yeux, j’inspire profondément. Depuis combien de temps ? Je ne veux pas savoir. Je me répète que c’est pour les enfants, pour Lucie et Paul, que je fais semblant de ne rien voir.

Le lendemain, tout semble normal. Marc lit son journal, Lucie se plaint du lycée, Paul réclame des crêpes. Je souris, je prépare le café. Mais à l’intérieur, tout est fissuré. Je me sens comme une figurine de porcelaine posée sur une étagère trop haute : un rien suffirait à me faire tomber.

Les semaines passent. Les messages continuent. Parfois, il rentre tard, sentant un parfum qui n’est pas le mien. Je me persuade que c’est passager, qu’il reviendra vers moi. Ma mère me répète : « Tu sais, Élodie, il faut parfois fermer les yeux pour préserver la famille. » Mais à chaque mensonge, je me perds un peu plus.

Un soir d’automne, alors que je rentre des courses sous la pluie battante, mes pensées tournent en boucle. Je traverse la rue sans regarder. Un klaxon hurle. Tout devient flou. Je sens le choc, puis plus rien.

Quand j’ouvre les yeux, tout est blanc autour de moi. L’odeur âcre de l’hôpital me prend à la gorge. Une infirmière s’approche : « Madame Morel ? Vous avez eu beaucoup de chance… » Ma jambe est plâtrée, ma tête tourne. J’attends Marc. Les heures passent. Il n’arrive pas.

C’est Claire, ma voisine, qui débarque la première avec un bouquet de pivoines et des madeleines maison. Elle s’assied près de moi, me prend la main : « Tu veux en parler ? » Je secoue la tête, les larmes coulent sans bruit. Elle reste là, silencieuse, présente.

Marc finit par arriver le lendemain matin. Il regarde sa montre plus souvent que mon visage. « J’ai eu une réunion tard hier… Tu vas bien ? » Il embrasse mon front distraitement et repart aussitôt. Lucie et Paul viennent après l’école, inquiets mais maladroits. Ils ne comprennent pas tout ce qui se joue.

Les jours passent à l’hôpital. Claire vient chaque soir. Elle m’écoute, me parle de ses enfants, me fait rire malgré moi. Ma sœur Camille m’appelle tous les jours depuis Lyon : « Tu veux que je vienne ? » Je refuse d’abord, puis j’accepte finalement.

Un soir, alors que je regarde par la fenêtre la pluie tomber sur Paris, Camille s’assoit au bord du lit :
— Tu ne peux pas continuer comme ça, Élodie.
— Je fais ça pour les enfants…
— Les enfants voient tout. Ils sentent ta tristesse. Tu crois vraiment qu’ils préfèrent une mère qui s’efface ?
Je détourne les yeux. Elle a raison.

Marc ne vient presque plus. Un soir, il oublie même d’appeler. C’est Claire qui m’apporte mon courrier : une carte postale de ma cousine en Bretagne et… une facture d’hôtel au nom de Marc Morel et d’une certaine « Sophie Lemaire ». Mon cœur se serre violemment.

À ma sortie de l’hôpital, je rentre chez moi en béquilles. La maison est silencieuse ; Marc est absent. Lucie m’aide à monter l’escalier :
— Maman… tu vas divorcer ?
Je la regarde, surprise par sa maturité soudaine.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Papa n’est jamais là… et tu pleures souvent dans ta chambre.
Je m’effondre dans ses bras. Paul arrive à son tour et nous enlace tous les trois.

Le lendemain matin, Marc rentre enfin. Il évite mon regard.
— On doit parler.
Il soupire bruyamment.
— Tu veux vraiment tout gâcher ?
Je sens la colère monter.
— Ce n’est pas moi qui gâche tout !
Il hausse les épaules :
— Tu savais très bien comment j’étais…
Je réalise alors que je ne peux plus continuer ainsi.

Le soir même, je réunis Lucie et Paul dans le salon.
— Je crois qu’il est temps qu’on vive autrement…
Ils ne disent rien mais leurs yeux brillent d’un étrange soulagement.

Quelques semaines plus tard, Marc quitte la maison pour s’installer chez « Sophie ». Les débuts sont difficiles : les papiers du divorce, les regards des voisins, les questions des enfants. Mais Claire et Camille sont là chaque jour ; elles m’aident à tenir bon.

Peu à peu, je retrouve le goût des petites choses : un café en terrasse avec Claire, une promenade au parc avec Paul, une soirée cinéma avec Lucie. Je découvre que je peux être heureuse sans lui.

Un soir d’hiver, alors que je range la chambre de Lucie, je tombe sur un vieux carnet où j’écrivais mes rêves d’adolescente : voyager en Italie, apprendre la photographie… Je souris tristement en pensant à tout ce que j’ai mis de côté pour sauver les apparences.

Aujourd’hui encore, il m’arrive de douter : ai-je bien fait ? Mais quand je vois mes enfants rire à nouveau et que je sens le soutien indéfectible de mes proches, je sais que j’ai choisi la vie.

Est-ce qu’on doit vraiment tout sacrifier pour préserver une illusion ? Et vous… jusqu’où seriez-vous prêts à aller pour ne pas briser votre famille ?